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Déformer du verre peut être plus facile que faire couler de l’eau


Les développements de la microfluidique pour réaliser des laboratoires sur puces imposent de mieux comprendre le comportement des liquides qui s’écoulent dans des canaux de petite taille. Ainsi, la taille minimale au-dessus de laquelle un liquide confiné va garder son comportement de volume est une question qui fait polémique. Ce qui vient d’être montré grâce à une collaboration entre des équipes d’expérimentateurs de Lyon, Grenoble est Orsay, est qu’il est possible de faire une erreur fondamentale dans l’interprétation des données de mesure en oubliant qu’un liquide peut déformer un matériau aussi dur que le verre.

Ces trois groupes ont étudié en utilisant un appareil à forces de surface (dSFA pour dynamic Surface Force Apparatus) la force qu’il faut appliquer pour faire osciller dans différents liquides (mélanges d’eau et de glycérol, huiles silicones) une bille de verre de rayon environ 3 mm au-dessus d’une petit plan de verre (1 cm x 1cm, épaisseur 5 mm). L’amplitude des oscillations de la bille est faible (une fraction de nanomètre) et la fréquence choisie de quelques dizaines de Hertz.

Alors qu’ils s’attendaient uniquement à mesurer une force en phase avec la vitesse de déplacement de la sphère et tendant vers l’infini pour des distance sphère-plan tendant vers zéro, ils ont obtenu une partie de réponse en phase avec la position de la sphère, ce qui est la signature d’un comportement élastique pour ce liquide. De plus, ils n’ont pas obtenu de divergence de la force visqueuse. En fait, il a été possible d’interpréter complètement les données expérimentales, pour l’ensemble des liquides étudiés, en faisant l’hypothèse que les liquides gardent leurs propriétés mécaniques de volume jusqu’à des confinements de taille moléculaire, mais en prenant en compte que lorsque le confinement devient trop important, ce n’est plus le liquide qui s’écoule mais le verre qui se déforme.

Ce travail ouvre de nouvelles perspectives pour comprendre les écoulements de liquides confinés dans des situations aussi complexes que les suspensions solides concentrées (boues ou bétons) ou dans les matériaux nanocomposites puisqu’il montre qu’on ne peut pas considérer les propriétés mécaniques de systèmes confinés sans prendre en compte les propriétés mécaniques des surfaces en regard…

Module viscoélastique G=G’+iG’’ apparent d’un mélange eau-glycérol de viscosité η = 35 mPa.s mesuré à 19 Hz entre une sphère de verre de rayon R = 3.59 mm et un plan du même verre en fonction de la distance sphère plan. La partie rouge représente la réponse visqueuse. La réponse attendue pour un tel liquide correspond à G’’ suivant la droite horizontale et G’=0. Les auteurs ont montré que les écarts au comportement attendu peuvent être expliqués par la déformation élastique de la sphère et du plan.

 

Contact :
Frédéric Restagno

Référence :
Effect of Surface Elasticity on the Rheology of Nanometric Liquids
Villey, R., Martinot, E., Cottin-Bizonne, C., Phaner-Goutorbe, M., Léger, L., Restagno, F., and Charlaix, E.
Physical Review Letters, 111, 215701, (2013).
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