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Marc Túnica
Marc Túnica : Dopage des semi-conducteurs à base de silicium en phase diamant hexagonale
L’émergence des semi-conducteurs du groupe IV à structure diamant hexagonale (2H) ouvre de nouvelles perspectives pour l’optoélectronique de nouvelle génération. Contrairement à leurs homologues cubiques (3C), dont les bandes interdites indirectes limitent l’émission optique, les polytypes 2H présentent des structures électroniques distinctes : le 2H-Si possède un gap indirect plus faible (0.95 eV), tandis que le 2H-Ge devient un semi-conducteur à gap pseudo-direct avec une bande interdite réduite (0.3 eV).
De plus, les alliages 2H-Si1-XGeX permettent un ajustement continu du gap, passant d’un caractère indirect (2H-Si) à direct (2H-Ge), et couvrent des longueurs d’onde d’émission comprises entre 1.3 et 1.8 μm, une plage particulièrement pertinente pour les applications technologiques. Les études de photoluminescence montrent qu’une augmentation de la concentration de Ge déplace le minimum de la bande de conduction vers le point Γ, conduisant à une transition directe et optiquement permise pour des concentrations en Ge supérieures à 0.65. Ces propriétés positionnent les matériaux du groupe IV en phase 2H comme des candidats prometteurs pour des émetteurs moyen-infrarouges compatibles avec la technologie CMOS. Cependant, l’exploitation de leur plein potentiel requiert une compréhension approfondie des mécanismes de dopage, de la thermodynamique des impuretés et des interactions dopant–défaut, qui demeurent encore peu explorés.
Cette thèse étudie l’incorporation des dopants, leur ségrégation et leurs interactions avec les défauts étendus dans les semi-conducteurs hexagonaux à base de silicium en s’appuyant sur la théorie de la fonctionnelle de la densité (DFT). Elle aborde trois questions centrales : (i) comment la phase cristalline hexagonale modifie-t-elle le comportement structural et électronique des impuretés de type p et n conventionnelles ? (ii) comment des concentrations en bore au délà du limite de solubilité influencent-elles la stabilité structurelle des alliages 2H-SiGe ? (iii) comment les dopants interagissent-ils avec les défauts plans étendus, en particulier la faute d’empilement basale de type I₃, omniprésente dans ces matériaux ?
Les résultats montrent que les impuretés du groupe III sont généralement plus stables dans la phase 2H, reflétant leur préférence pour une coordination locale tricoordonnée intrinseque au crystal hexagonal. Les accepteurs chargés negativement présentent une stabilité renforcée et des niveaux de transition de charge légèrement moins profonds dans le 2H-Si que dans le 3C-Si. Les donneurs neutres ne manifestent pas de forte préférence de phase, tandis que les donneurs chargés positivement favorisent la structure cubique, ce qui conduit à des niveaux donneurs plus peu profonds dans le 3C-Si que dans le 2H-Si. Ces résultats soulignent le rôle déterminant des liaisons locales et de la symétrie cristalline dans l’énergétique des impuretés entre polytypes.
Concernant l’hyperdopage, la thèse montre que des concentrations ultra-élevées de bore dans les alliages 2H-SiGe n’altèrent ni la stabilité structurelle ni la stabilité thermodynamique, même sous dopage massif. Cela confirme la faisabilité énergétique de l’hyperdopage dans l’alliage hexagonal et suggère un potentiel de supraconductivité dans le 2H-SiGe métastable, en analogie avec les phénomènes observés dans le 3C-Si, le Ge et le SiGe fortement dopés.
Enfin, l’analyse des interactions entre dopants et faute d’empilement basale I₃ révèle que les dopants de type p, neutres ou chargés négativement, occupent préférentiellement des sites du réseau éloignés du défaut. Cette tendance est nettement moins marquée pour les dopants de type n, qu’ils soient neutres ou chargés positivement, ainsi que pour les impuretés isovalentes. Ce comportement de ségrégation découle d’une interaction complexe entre ionisation électrostatique, distorsions stériques locales et rupture de symétrie au niveau du défaut, mettant en évidence l’importance cruciale de l’environnement local des défauts pour la stabilité et la répartition des dopants dans le 2HSi.
Dans son ensemble, cette thèse propose un cadre théorique rigoureux et exhaustif pour l’étude du dopage dans les semi-conducteurs hexagonaux du groupe IV. Par des calculs DFT systématiques, elle élucide les mécanismes d’incorporation, de ségrégation et d’interaction dopant–défaut qui contrôlent la stabilité électronique et structurale des impuretés dans 2H-Si, 2H-Ge et 2H-SiGe. Les résultats fournissent des repères quantitatifs pour l’optimization de nanostructures 2H, identifient des fenêtres de dopage pertinentes pour des applications optoélectroniques en bande-moyen infrarouge et ouvrent des pistes expérimentales pour explorer des états collectifs, notamment la supraconductivité, dans ces phases métastables. Au-delà d’un bilan théorique, cette étude oriente clairement les prochaines étapes expérimentales (choix des dopants, stratégies d’hyperdopage et ingénierie des défauts) nécessaires à la mise en œuvre de dispositifs CMOS-compatibles basés sur le 2H-Si, le 2H-Ge et leurs alliages
